#150 ans, jour pour jour, la Commune de Paris : 18 mars 1871

La Commune de Paris a duré 72 jours. Si l’histoire collective a retenu la date du 18 mars 1871 comme commencement de cette révolution, les causes qui ont mené au soulèvement d’une partie du peuple de Paris sont plus anciennes.

 

Dans ce premier épisode, posons le cadre historique, pour retracer l’enchaînement des événements.

 

Avènement et chute du Second Empire

Après la fin du règne du roi Louis-Philippe Ier en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte est élu prince-président en 1849. Pourtant son mandat ne se passe pas comme il le souhaiterait car la Constitution impose une stricte séparation des pouvoirs. Les tensions entre l’Assemblée et le président sont exacerbées et ce dernier procède à un coup d’État le 2 décembre 1852. Un an après, Louis-Napoléon Bonaparte devient Napoléon III et le Second Empire est proclamé.

 

Après les défaites au Mexique entre 1861 et 1867, Napoléon III a besoin d’une victoire pour réaffirmer son pouvoir à l’intérieur du pays mais aussi à l’extérieur contre Bismarck, le chancelier allemand.

 

En 1870, éclate l’affaire de la candidature Hohenzollern au trône d’Espagne, qui oppose la France et la Prusse. Cette affaire prend de l’ampleur dans les deux pays, et des sentiments hostiles surgissent fortement des deux côtés. Napoléon III souhaite saisir cette opportunité pour obtenir une victoire triomphante. Du côté allemand, le chancelier Prussien souhaite utiliser ce  conflit pour forger définitivement l’unité allemande.

 

La guerre entre la France et la Prusse éclate, et le 28 Juillet 1870, Napoléon III, malade depuis 1866 et accompagné de son fils, le prince Louis âgé de 14 ans, prend le train pour la frontière de l’Est. Depuis le 6 août, l’armée française connaît ses premières défaites à Strasbourg, Nancy et Metz.

 

La défaite arrive très rapidement, et le 1 septembre 1870, lors de la bataille de Sedan, Napoléon III capitule.

 

La chute du Second Empire n’arrête pas la guerre. Le 4 septembre 1870, à la suite de ces événements, on proclame la troisième République à Paris, et un gouvernement provisoire est instauré pour gérer cette crise. Celui-ci est constitué de membres issus de la majorité libérale et d’anciens opposants à l’Empire.

 

Un interminable siège

Les semaines suivant la proclamation de la République, les troupes allemandes continuent leur avancée sur le territoire français, en forçant de nombreux fronts et accumulant des victoires. Gambetta prend en charge la coordination de la défense nationale.

 

Les troupes allemandes sont aux portes de Paris à la mi-septembre, et à partir du 19 septembre, ils assiègent la ville. Leur commandement est installé à Versailles où, dans la Galerie des Glaces, l’Empire allemand est proclamé le 18 janvier 1871, ce qui est perçu comme une ultime humiliation pour le peuple français.

 

Le siège de Paris est une période épouvantable. Nombreux sont ceux qui meurent de froid et de faim, les réserves de nourritures étant vite épuisées. Les parisiens en viennent à manger du chien, du chat et même des rats et les plus “privilégiés” mangent même les animaux du jardin des plantes !

 

Face au bombardement, au froid et à la famine, le Gouvernement de la Défense nationale (gouvernement provisoire) signe l’armistice le 28 janvier 1871 avec le gouvernement impérial allemand. Le peuple de Paris, qui a résisté pendant 138 jours, se sent humilié et trahi par les français qui ont accepté la défaite. C’est cette rancœur qui va provoquer, par la suite, une guerre civile.

 

 

Le gouvernement de Versailles et les canons de Paris

Afin de négocier avec le gouvernement impérial allemand un gouvernement légitime est requis. On organise à la hâte des élections. Le 8 février 1871, une Assemblée nationale à majorité monarchiste et favorable à la paix, même au prix de l’Alsace et Lorraine réclamées par l’Allemagne, est élue.

 

Adolphe Thiers est nommé “chef  du pouvoir exécutif de la République française”, et rapidement après sa nomination il engage des négociations avec Bismarck- le chancelier allemand-. En même temps, il engage la démobilisation des gardes mobiles et des gardes nationaux. Dans cette entreprise, Paris reste un point sensible du fait de la grande concentration de mobilisés qui se sont forgés une mentalité de révolutionnaires contre les Prussiens, lors du siège de Paris, et qui sont particulièrement en colère. D’autant plus que les parisiens ont gardé leurs fusils et environ 300 canons !

 

En effet, la capitale dispose de canons fondus durant le siège et financés par une souscription commune. Ceux-ci ont été installés sur les collines de Montmartre et des Buttes-Chaumont. Ces canons constituent pour Thiers un danger qu’il veut écarter. Ainsi, il commande le 18 mars 1871, aux troupes régulières, de se rendre à Montmartre et aux Buttes-Chaumont pour déplacer les pièces d’artillerie.

 

Mais l’étincelle s’enflamme, la nouvelle se répandant rapidement dans les quartiers. Les gardes nationaux se rassemblent, bloquant l’accès et menaçant les officiers qui tentent de fraterniser avec les soldats. Les deux généraux responsables de cette opération sont fusillés le jour même. C’est un échec pour Thiers et ses ministres qui fuient à Versailles pour organiser la contre-attaque.

 

 

De l’émeute, on passe à l’insurrection.  Paris vivra pendant neuf semaines une bien étrange et impossible aventure : celle d’une république indépendante.

 

 

Rendez-vous le 28 mars prochain pour l’épisode sur la Proclamation de la Commune !

 

Retrouvez toute la programmation des 150 ans de la Commune de Paris.