Gloria victis: deux œuvres confrontées

L’accrochage temporaire “70/14: d’une guerre à l’autre en vingt tableaux”, sera l’occasion de découvrir Gloria Victis, un groupe en bronze patiné signé d’Antonin Mercié, dont le modèle original date de 1874. Il illustre un hommage vibrant aux vaincus de la Guerre de 1870. Cette œuvre sera confrontée à une huile sur toile d’Auguste Gérardin, datée elle aussi de 1874 et reprenant le même titre.

 

Antonin Mercié, artiste d’origine toulousaine, est élève de l’école des Beaux-Arts de Paris auprès des sculpteurs Jouffroy et Falguières. Il remporte le prix de Rome avec Thésée vainqueur du Minotaure. Après un séjour de 5 ans en Italie, Mercié revient à Paris en 1874 et expose au Salon cette Gloire aux Vaincus. Il obtient une médaille d’honneur et l’œuvre est immédiatement achetée par la ville de Paris. L’original, haut de plus de 3 mètres orne la cour d’honneur de l’Hôtel de ville de Paris. Le succès de cette allégorie se mesure à l’importante quantité de tirages en bronze qui serviront ensuite de monuments aux morts de la Guerre de 1870 (Niort, Bordeaux, Châlon-sur-Marne…).

Une jeune femme, allégorie de la Gloire, ailée et cuirassée, emporte un jeune guerrier, nu, mourant, le front ceint d’un bandage, sabre brisé au poing, image de la France défaite mais héroïque. Le titre est un renversement du Vae Victis ! Mort aux vaincus du général gaulois Brennus vainqueur des Romains. L’art du sculpteur s’exprime dans de grandes envolées lyriques d’esprit Renaissance entre réalisme expressif et classicisme moderne.

Peintre de nature morte, de paysages, de portrait, Gérardin nait à Mulhouse le 30 juin 1849. Il puise son inspiration dans l’oeuvre de Chardin et de Courbet. Il fait du dessin industriel pendant les événements de 1870-71, puis expose aux Salons des Artistes Français et Société nationale des Beaux-Arts. Il reprend dans ce Gloria Victis le thème du soldat mort comme le montre Manet, mais dans une représentation allégorique de la Commune de Paris. Le titre reprend celui de la sculpture d’Antonin Mercié, mais ici ce n’est point la jeune France qui se relève de la défaite, mais la déploration du mort par une femme débraillée et échevelée.

Présentation de l’accrochage 70/14: d’une guerre à l’autre en vingt tableaux