D’ordinaire, cette sculpture en bronze accueille le visiteur à l’entrée du parcours permanent consacré à la guerre de 1870 et à la Commune de Paris. Elle quitte sa place privilégiée pour rejoindre le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine à l’occasion de l’exposition Champollion, Bartholdi et le sphinx, monuments publics en débat (11 avril au 19 juillet 2026).
Ce prêt est l’occasion de mettre en lumière cette œuvre qui a fait partie des collections municipales bien avant la constitution du riche fonds consacré aux événements des années 1870-1871.
De Rome à Paris
C’est à la villa Médicis que le sculpteur Antonin Mercié (1845-1916), prix de Rome en 1868, compose ce groupe qui sera son dernier envoi de Rome.
L’œuvre représente une allégorie de la défaite héroïque de la France lors de la guerre franco-prussienne de 1870 en hommage aux nombreux soldats morts pour la Patrie. Son titre est un renversement de la formule latine Vae Victis (malheur aux vaincus). On y voit une Gloire ailée qui porte vers les cieux un jeune soldat tenant une épée brisée. Sur la base, le rameau d’olivier ainsi que la chouette évoquent autant la paix que la guerre.
Le modèle original, en plâtre, est exposé au Salon de 1874. L’œuvre y remporte un vif succès, obtient une médaille d’honneur et est achetée par la Ville de Paris. L’année suivante, le fondeur Thiébaut et fils réalise un tirage en bronze de près de deux mètres de haut qui est aujourd’hui conservé au Petit Palais.
Face à l’engouement que suscite la sculpture, plusieurs répliques en bronze sont commandées par des municipalités comme celles de Niort, Bordeaux ou encore Châlons-en-Champagne. Le fondeur Barbedienne se saisit du motif et édite des reproductions de multiples formats, dont une se trouve à la National Gallery of Art de Washington.
Parcours du Gloria Victis de Saint-Denis
À la fin du XIXe siècle, la municipalité de Saint-Denis acquiert une des éditions réalisées par Barbedienne. Elle est installée dans l’Hôtel de Ville, comme en témoigne un passage de l’ouvrage État des communes à la fin du XIXe siècle. Saint-Denis paru en 1902 (p.80). À une date inconnue, l’œuvre est déplacée pour être stockée dans une réserve commune au musée et à l’unité d’archéologie.
En 2016, à la faveur du récolement décennal, la sculpture intègre officiellement les collections du musée. Le parcours permanent consacré à la guerre de 1870 et à la Commune de Paris est alors en pleine refonte et le Gloria Victis trouve une place de choix dans les salles rénovées, où il est depuis présenté.
La conservation-restauration de l’œuvre : préserver et révéler les patines
En 2024, le musée d’Orsay à Paris organise une exposition consacrée au Salon de 1874. L’exemplaire de Saint-Denis est sollicité pour un prêt : ses dimensions se prêtent bien à la présentation sans nécessiter pour autant une trop grande logistique pour le déplacer. En effet, il ne pèse « que » soixante-dix kilos environ !
Cette exposition révèle que l’œuvre, si elle est en bon état, est encrassée par ses années passées en réserve. Le dépoussiérage de surface réalisé n’est pas suffisant : de la poussière, incrustée dans la patine, ne peut être retirée par un simple dépoussiérage et des dépôts noirs gras ainsi que des coulures blanches sont visibles.
À la suite de la demande de prêt du musée Camille Claudel, une intervention de conservation-restauration plus importante est entreprise. La difficulté consistait à retirer ces dépôts et salissures sans pour autant éliminer les patines, qui sont d’origine, d’autant que Barbedienne est un fondeur réputé pour ses patines colorées. Les conservatrices-restauratrices ont donc travaillé sous lumière UV et testé différents mélanges de solvants pour bien contrôler leur action. L’allègement de l’encrassement et des salissures a été le plus progressif possible.
Au cours de l’intervention, l’œuvre retrouve son éclat et la subtilité de ses teintes d’origine. Le retrait de la poussière, abrasive, s’avère également nécessaire pour sa préservation à long terme.
Pour (re)découvrir cette œuvre, rendez-vous au musée Camille Claudel jusqu’au 19 juillet, puis dans le parcours permanent consacré à la guerre de 1870.
Le musée remercie vivement Chloé Paillard et Alix Lionni, conservatrices-restauratrices spécialisées en métal pour le travail effectué sur l’œuvre, ainsi que le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine qui a contribué aux opérations de conservation-restauration.
Antonin Mercié, Barbedienne (fondeur), Gloria Victis, après 1875, bronze patiné, 132 x 88 x 61 cm, environ 70 kg, inv. 2016.0.242



