Sous le vernis, les couleurs : la conservation-restauration des Carmélites à l’infirmerie pour l’exposition « Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal « 

L’exposition Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal a été l’occasion de moderniser les espaces du premier étage du musée où siégeaient les collections du carmel de Saint-Denis depuis l’ouverture de l’établissement en 1981. Afin de réinvestir les anciennes cellules des carmélites, les œuvres ont en quasi-totalité été mises en réserves et feront l’objet à l’issue de l’exposition, d’un nouvel accrochage.  

Une œuvre fait office d’exception, Les Carmélites à l’infirmerie de Laurent Guillot. Évocation des soins dispensés au couvent, elle ne pouvait que trouver sa place dans le parcours d’exposition. Cette œuvre nécessitait cependant une restauration pour lui rendre son éclat et la préserver sur le long terme.  

 

Une peinture de commande, témoin de la vie des carmélites

Ce tableau a été exécuté durant le dernier quart du XVIIIe siècle, sur demande de la nourrice du roi Louis XV, par le peintre Laurent Guillot. En effet, de 1770 à 1787, Louise de France, fille du roi, est carmélite à Saint-Denis. Aujourd’hui propriété de la Fédération des Carmels du Nord, en dépôt au musée de Saint-Denis, l’œuvre fait partie d’un ensemble de quatre peintures à l’huile sur toile qui mettent en scène la vie quotidienne des Carmélites, au jardin, au chauffoir ou encore lors de leur arrivée de Bruxelles. 

Tableau d’envergure (109 cm sur 239 cm)Les Carmélites à l’infirmerie figure les différents rôles de ce lieu important du couvent. Les sentences aux murs évoquent le carmel de Saint-Denis, qui a compté pas moins de huit infirmeries en son sein. Néanmoins la représentation du lieu n’est pas fidèle à la réalité, puisqu’il ressemble davantage à un hôtel-Dieu classique de cette époque. On y voit les différentes activités liées au soin, de l’évocation de l’apothicairerie et de ses faïenceries à gauche, jusqu’à l’extrême onction à droite à l’arrière-plan. La pratique de la saignée, répandue à l’époque pour drainer les humeurs, figure aussi au premier plan.   

 

Et sous le vernis …

Si cette œuvre tient une place importante dans l’exposition, sa lisibilité était compromise par une couche de vernis dégradé, responsable de petits amas jaune-orangé, qui empêchait d’apprécier pleinement sa palette colorée. La peinture présentait d’autres désordres, comme un ancien dos protecteur inadapté et un empoussièrement visible.   

Exposé dans une des cellules du Carmel, cette huile sur toile n’avait a priori pas été restaurée depuis plus de 40 ans. Un dos protecteur dans un matériau plastique incompatible avec la conservation pérenne de l’œuvre avait toutefois été posé à une date inconnue.  

Une intervention de conservation-restauration a donc été demandée à la conservatrice-restauratrice de peintures Fleur Foucher. Après avoir procédé au retrait du dos protecteur, elle a entrepris un dépoussiérage complet de la toile. Au revers, entre la toile et le châssis qui la soutient, l’accumulation de poussière était telle qu’elle avait fini par créer des déformations visibles à l’avant !  

Une fois la peinture propre, le vernis a été allégé à l’aide d’un mélange de solvant. Des tests ont d’abord été menés à plusieurs endroits afin de préciser la composition exacte du mélange, puis le processus a été étendu à toute l’œuvre. Quelques lacunes ponctuelles ont ensuite été retouchées, avant la pose d’un nouveau vernis sur la couche picturale.  

L’allègement du vernis oxydé a permis de révéler toutes les nuances d’une palette aux tons pastel légers et délicats. Il a aussi mis en valeur le travail de perspectives réalisé par l’artiste. Quant au dépoussiérage profond, ce dernier va permettre de préserver l’œuvre sur le long terme et d’éviter les dégradations liées à la poussière. 

Inclus dans le parcours de l’exposition temporaire, l’œuvre trouve un nouvel espace de présentation et surtout, un nouveau regard. Elle fait le lien entre les collections du musée, l’histoire du lieu qui l’abrite et le propos général de l’exposition qui interroge les pratiques de guérison.